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Les Amantes


Les Amantes est un des premiers romans de l’auteure autrichienne de langue allemande Elfriede Jelinek, publié en 1975. Engagée pendant plusieurs années dans le Parti Communiste, Elfriede Jelinek est aussi une auteure féministe, dont le cynisme et l’humour noir se retrouvent dans la plupart de ses œuvres. Jelinek a reçu le prix Nobel de littérature en 2004, et son roman le plus connu est La Pianiste, publié en 1983 et adapté au cinéma en 2001. Les Amantes relate l’histoire de deux personnages féminins, Paula et Brigitte, qui cherchent à améliorer leurs destins. L’intrigue met en parallèle le destin des deux jeunes femmes, qui rêvent toutes les deux d’ascension sociale. Dans une société patriarcale où les femmes ne peuvent s’en sortir sans dépendre des hommes, Paula et Brigitte cherchent des futurs maris pour échapper à leurs vies misérables. Brigitte est froide et calculatrice, tandis que Paula est naïve et cherche le grand amour. L’œuvre de Jelinek se présente de façon cyclique et montre des vies qui se ressemblent et se répètent, dans une société destructrice où personne ne connaîtra jamais le bonheur.
Paula, la jeune fille de la campagne, veut trouver l’homme de ses rêves et vivre la vie de la parfaite petite femme au foyer afin d’échapper à des parents violents qui l’exploitent pour les travaux ménagers. Elle s’entiche alors d’Erich, un bûcheron du village qui ne pense qu’aux voitures et à son ventre. Paula est vite déçue par son « grand amour », mais la jeune femme tombe enceinte et a besoin d’Erich pour ne pas devenir une fille-mère. Après de nombreuses négociations, Erich accepte de l’épouser. Paula veut alors devenir la femme au foyer des magazines qu’elle lit, et finit par se prostituer pour acquérir des biens matériels, qu’elle pourra montrer à tout le voisinage, ce qui lui vaut de perdre son mari et la garde de ses enfants, et Paula finit dans l’usine de soutiens-gorge. Brigitte, la femme de la ville, se rend bien compte de sa position dans la société. Elle coud des soutiens-gorge dans l’usine où finira Paula, et cherche par tous les moyens à perdre son statut d’ouvrière pour devenir une femme de la haute société. Elle veut se faire épouser par Heinz, un homme qu’elle déteste mais qu’elle perçoit comme un « bon parti », puisque le jeune homme possédera bientôt le magasin de ses parents. Brigitte réussit son ascension sociale par l’intermédiaire de Heinz, elle devient la femme au foyer modèle avec ses deux garçons et son intérieur parfaitement entretenu, mais elle est aigrie et ne sera jamais heureuse.
Dans son roman, Jelinek ne dénonce pas seulement les inégalités entre les classes sociales. Elle s’insurge aussi contre une société dans laquelle les femmes ne peuvent pas s’épanouir et n’ont aucun pouvoir de décision. Elle dépeint des êtres meurtris et avilis par l’envie de posséder et de montrer aux autres qu’on est quelqu’un. L’être humain devient une valeur marchande et les sentiments amoureux ou familiaux n’existent pas. Tout est perverti, tout est corrompu et personne ne fait rien pour changer les choses. Jelinek critique aussi les femmes qui participent de ce système patriarcal, et brosse un tableau peu flatteur de la société autrichienne du XXe siècle.
Clémentine Mauguin


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