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Vers Nantes, rive gauche, rive droite


Vers Nantes, rive gauche, rive droite

Rochefort-sur-Loire, pour y saluer les poètes qui s’y retrouvèrent dans les années de guerre en pays ami autour de Jean Bouhier et René Guy Cadou : Béalu, Bérimont, Rousselot… et tant d’autres si on ajoute à ceux qui firent réellement le voyage au pays des vignes, tous ceux, bien plus nombreux qui vont former à Paris, la guerre finie, « Les Amis de Rochefort » - dont Follain et Guillevic - pour publier la seconde série des « Cahiers ». A Rochefort, un centre poétique, au sein de la bibliothèque municipale, un marché annuel de la poésie et des publications poétiques entretienent toujours la flamme. Saint-Florent, parce que c’est le pays natal de Julien Gracq et du poète Edmond Humeau, de quelques années son aîné. Mais tout autant parce que c’est un des hauts lieux des Guerres de Vendée qui ont donné lieu à toute une littérature. Que de lectures à faire ici in situ, dont la page désormais fameuse que consacre Louis Aragon au Bonchamps graciant les prisonniers de David d’Angers qu’il était venu voir sur place. Sur les « évènements » de Saint-Florent – début de la guerre et passage de la Loire – : à lire aussi le récit épique qu’en font Chateaubriand, Victor Hugo et Michelet… ou les pages plus pittoresques de Paul Féval et d’André Theuriet. Et le regard porté par Stendhal sur les effigies des chefs vendéens Bonchamps et Cathelineau.

Liré, - le Petit Lyré de Du Bellay - où le musée qui lui est consacré resitue le poète dans son siècle exceptionnel – celui de la Renaissance –, Du Bellay étant par ailleurs l’auteur de la Défense et illustration de la langue française. Or le contexte actuel de mondialisation et, à nouveau, de compétition des langues et des cultures, apparaît à bien des égards assez comparable à celui qui a conduit le poète à produire, dans l’effervescence de la Renaissance, son manifeste en faveur de notre langue.

Champtoceaux, pour y saluer la mémoire d’André Obey, auteur de pages inoubliables sur la Loire qui fit de Champtoceaux puis de Montsoreau sa terre d’élection, dont une pièce remarquable à sa gloire. Quel beau spectacle cela ferait que la remise en scène d’un tel texte !

Rive droite, et retour vers Angers

En retraversant la Loire à Ancenis, on retrouve sur l’autre rive – la rive droite – le poète René Guy Cadou qui, dans les années 40, fut instituteur au Cellier et à Saint-Herblon. Ancenis, c’est le pays de la fantasque Anne-Marie, la mère de Lucien Bodard. Ce dernier raconte dans un autre livre – La chasse à l’ours – ses parties de pêche sur la Loire, enfant, à la Rabotière, entre Bouzillé et Liré. Anetz, où il vécut plusieurs étés en bord de Loire, Hervé Bazin nous en parle dans « Au nom du fils ». Pascal Quignard (à Oudon) et Danielle Sallenave (à Savenières) s’inscrivent aussi dans ce parcours, de même que Rodolphe Bresdin ( le Chien-Caillou de Champfleury) et Gabrielle Bossis au Fresne-sur-Loire. On croisera en bord de Loire le Cardinal de Retz qui nous a laissé le récit épique de son évasion du château de Nantes où il était retenu prisonnier et de sa traversée du fleuve, et le vrai d’Artagnan venu dans ce même château arrêter sur ordre du roi l’intendant Fouquet. A Ingrandes, Madame de Sévigné, descendue d’Orléans par la Loire, écrivit une belle lettre à sa fille. Flaubert, Stendhal, Hugo, Balzac et Jules Vallès ont fait, eux aussi, le voyage sur la Loire et nous en ont laissé le récit.

A Champtocé, se dressent les ruines du château « de Barbe Bleue », toujours hanté par cette grande ombre sanguinaire : quel phénomène littéraire que ce Gilles de Rais. De multiples écrivains, et non des moindres (J.K. Huysmans, Georges Bataille, Michel Tournier, Jean Genet, Huidobro, Lanza del Vasto,…) se sont tour à tour penchés sur le mystère de sa cruauté, restée jusque-là assez largement inexpliquée.

Promenades littéraires, lectures à haute voix, spectacles, récitals, veillées : il y a là, assurément, tout un patrimoine à revisiter, tout un imaginaire étroitement lié au fleuve à raviver, tout un potentiel culturel à développer en prenant naturellement appui, outre de belles bibliothèques comme celle de La Pléiade à Ancenis, sur les lieux dédiés qui jalonnent ce parcours et les rendez-vous qu’ils proposent régulièrement.

Comment ne pas citer à ce titre Rochefort, son centre poétique et son marché de la poésie, Liré, ses Lyriades de la langue française, son musée Du Bellay, la Turmelière et les classes patrimoine littéraires et résidences d’écrivains et de poètes qui y sont proposées, les rencontres avec des auteurs régulièrement organisées au château de Goulaine, Bibliopolis à Thouaré, Mauves en noir, sur le roman policier, l’amorce à Champtoceaux d’un salon du livre de Loire, et d’autres initiatives autour du livre à Savennières (festival Terres à vins, Terres à livres, avec le parrainage de Danièle Sallenave), à Mûrs-Erigné, le Salon du livre ancien et des vieux papiers, à quoi il convient d’ajouter, avec Nantes, la proximité du Centre René Guy Cadou et du musée Jules Verne et, sur Angers, une Bibliothèque universitaire qui dispose d’un riche fonds sur Julien Gracq et de belles archives sur les Poètes de Rochefort, le siège dans cette ville de la Société ligérienne d’Art et Littérature qui propose depuis un quart de siècle des promenades littéraires dans tout l’Ouest et maintenant du Centre de ressources « langue française » des Lyriades.

Ce parcours littéraire – volontairement ici circonscrit ici au segment Nantes-Angers – appelle évidemment un fécond prolongement vers l’amont, vers Saumur, Montsoreau, Fontevraud, Chinon et Bourgueuil. Il peut de même se poursuivre à l’aval, au pays de Jules Verne. On se reportera pour ce parcours élargi de Chinon à Saint-Nazaire à la présentation que j’en fais dans le numéro spécial de la revue 303 consacré à la Loire.

Pour Rochefort-Saint-Florent-Liré, j’invite à se reporter aux Pages littéraires autour des « Amis de Rochefort » que j’avais rassemblées pour accompagner la promenade littéraire organisée en clôture du colloque d’Angers consacré à l’Ecole de Rochefort et à ses poètes en décembre 1983 (Bibliothèque Universitaire d’Angers 1983).

Par Jacques Boislève.



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