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État des lieux, objectifs et champs disciplinaires

Un sujet large et cohérent par Jean Pruvost

S’intéresser aux dictionnaires en partant de la langue française, perçue dans sa richesse et sa diversité, dans ses influences et ses affinités, c’est nécessairement prendre en compte les dictionnaires de la langue française, dictionnaires monolingues, mais aussi les dictionnaires bilingues. Ces derniers associent des langues en les comparant par nécessité, et l’on a alors affaire à une lexicographie qu’on a coutume d’appeler contrastive. Ce type de lexicographie ne peut être exclu parce qu’il est particulièrement révélateur des spécificités de chaque langue, qu’il s’agisse de la grammaire ou du lexique, et notamment des combinaisons de mots, des séquences figées.

Rappelons par ailleurs que, d’une part, la lexicographie monolingue de langue française est née de la lexicographie bilingue, à partir du latin, et que, d’autre part, il n’est pas de bonne lexicographie bilingue sans description préalable très précise de chacune des langues mises en relation.

Une histoire linguistique commune et différenciée significative de l’évolution de la langue

Les dictionnaires ne résultent pas du hasard, ils font écho indirectement ou directement à des politiques linguistiques. Ainsi, au XVIe siècle, en relation avec l’édit de Villers-Cotterêts, naissent les premiers dictionnaires offrant le français en tout premier dans la nomenclature du dictionnaire bilingue (français-latin), au XVIIe siècle, normatif et centralisateur, naissent les premiers dictionnaires monolingues, codes d’une langue française d’État que l’on pensait alors pouvoir fixer, au XVIIIee siècle, au développement des sciences et des techniques, a fait écho l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, avec ses planches, de même qu’au moment où naissent les premiers lycées dans le sillage du Premier Empire, apparaissent les dictionnaires en un volume, destinés au public scolaire. Et peut ainsi se poursuivre l’histoire des dictionnaires, liée à l’histoire de la langue et à ses ouvertures. Il en va de même pour les dictionnaires bilingues qui obéissent à des considérations à la fois économiques et politiques, traduisant à leur façon un histoire politique et civilisationnelle des pays en relation.

Une dynamique liée aux progrès techniques : du volumen à Internet en passant par le codex et l’imprimé

Lorsque, partant du rouleau d’ébène (le volumen), on est passé aux cahiers cousus (les codex), la consultation devenait possible et les dictionnaires, objet privilégié de consultation, pouvaient naître. De la même manière, la découverte de l’imprimerie faisaient immédiatement naître de nouveaux dictionnaires. Enfin, avant même que soient offert au grand public des dictionnaires sur cédérom, l’élaboration de ces ouvrages s’effectuait déjà à partir de gros ordinateurs, le Trésor de la langue française fut par exemple conçu initialement, en 1971, à partir du plus gros ordinateur du monde. Il en va de même avec Internet qui transforme les réflexes de consultation. Les auteurs de dictionnaires ont de fait sans cesse été confrontés aux progrès techniques, et ils ont toujours été parmi les premiers à les utiliser. Il leur faut par ailleurs constamment tenir compte de l’évolution des pratiques de consultation.

Un reflet des civilisations et de leur représentation

Qu’il s’agisse des concepts, en permanente évolution, des marques d’usage également très variables d’une époque à l’autre, des mots nouveaux qui sont à enregistrer, de ceux qui disparaissent, les dictionnaires en sont les réceptacles et les témoins privilégiés. Ainsi, la consultation d’un dictionnaire millésimé tel que le Petit Larousse illustré, qui paraît pour la première fois en 1905, représente année après année sur plus d’un siècle une histoire de la langue et de la civilisation, qui plus est illustrée. Repérer l’insertion première d’un sens, d’un mot, sa disparition, est particulièrement révélateur des évolutions de la civilisation et des représentations y correspondant. Le lexicographe est un photographe marqué par son époque. Et sans le savoir, il offre aux générations suivantes des documents datés, hélas pour l’heure encore peu exploités.



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