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Compte rendu des 6es Journées de la langue française


Les 5es Rencontres de Liré nous conviaient, en 2010, à une histoire de familles, celles du français et des langues d’Europe. En 2012, les journées de la langue française nous ont invités, sans nier les problèmes de coexistence et de choix, d’entente et de compromis qui existent entre les langues en contact, à porter un regard plus intérieur sur l’évolution du français, à partir d’un sujet qui résonne comme un paradoxe à l’heure où les échanges européens ou mondiaux imposent le partage des langues sous la domination de l’anglais, un sujet qui résonne comme une question au moment où se développent le langage nouveau des communications informatiques, visuelles ou orales, un sujet qui, finalement, s’impose comme un défi : comment la maîtrise de la langue, dans un contexte socio-économique difficile, pourrait-elle permettre la réussite personnelle, sociale ou artistique ? La langue française, elle-même, est-elle en bonne position pour cela, en France et dans la Francophonie ?
Ce sont autant de questions que les Lyriades ont souhaité soulever pour ces Rencontres 2012, étant donné l’importance que revêtent la parole et l’écrit dans un monde où les illettrés n’ont pas disparus, où l’école est critiquée, où le travail est mal partagé alors que la réussite est jugée garante de la valeur de l’individu.
Pour mieux prendre en compte les dimensions du sujet, il a semblé souhaitable d’abord, au début du colloque, de faire le point sur ce qu’on peut appeler la réussite de la langue française en France et dans la Francophonie.
Sous la présidence de M. Jean-Luc Jaunet, délégué académique honoraire à l’évaluation et à la pédagogie, représentant du recteur de l’académie de Nantes auprès des Lyriades, vice-président délégué des Lyriades, Claude-Gilbert Dubois, professeur honoraire de l’université de Bordeaux 3, a bien montré comment, aux XVI-XVIIe siècles, avec force métaphores et allégories, la langue française avait été un facteur d’unification nationale, de renaissance des lettres et de valorisation sociale, tandis que Eric Francalanza, professeur à l’université de Brest, s’est attaché à réfléchir à l’éclat de la langue française au XVIIIe siècle en France et en Allemagne.
Madame Jacquet-Pfau, maître de conférences au Collège de France, a mis en évidence les conséquences sur l’évolution de la langue de la démocratisation du français au XIXe siècle tandis que Jacques David, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, a insisté sur les problèmes pédagogiques qu’impliquait l’enseignement du français en contexte multilingue. C’est dire que la belle réussite du français jusqu’au siècle des Lumières semble modifiée au début du XXIe siècle, notamment dans les pays d’Outre-mer comme nous l’a bien expliqué l’écrivain Roland Brival. Ce premier état de réflexion a été complété par des échanges nourris entre les intervenants et le public.
C’est plus particulièrement aux questions de réussite socio-professionnelle qu’a été consacrée la deuxième journée du colloque
Sous la présidence de Françoise Argod-Dutard, professeur des universités, vice-présidente des Lyriades, Geneviève Dubois, phoniatre et thérapeute du langage, a expliqué la genèse, chez le tout petit, de la langue maternelle alors que Béatrice Pothier, professeur à l’université catholique de l’Ouest, s’est attachée à montrer les difficultés du passage à l’écrit et à la langue sociale. Christian Laue, conseil en recrutement, a souligné le rôle de la précision du langage dans l’entretien d’embauche. C’est plus largement à des questions de société qu’a été consacrée la deuxième partie de l’après-midi : Madame Nowicki, professeur à l’université de Cergy-pontoise, a analysé les caractéristiques de « la langue de bois » tandis qu’un débat a mis en évidence les pouvoirs de la langue des medias sur les modes de penser. Ce sont donc les aspects de la langue française, propres à influer sur la vie sociale et la réussite professionnelle, qui ont été mis en lumière.
La langue comme facteur de réussite artistique a été au cœur de la troisième partie. C’est le choix du français comme langue d’écriture qui a été évoqué, précisé et illustré avec conviction par l’écrivain Nimrod, professeur à l’université d’Amiens. Cette langue singulière, vecteur esthétique, est d’ailleurs souvent travaillée par les connotations, les références culturelles et les métissages de toutes sortes, comme la bien montré Nicolas Martin-Granel, chercheur associé au CNRS. Cette spécificité a été précisément analysée, sur le plan linguistique, par Pauline Bernon-Bruley, maître de conférences à l’université d’Angers. C’est à des questions, plus largement génériques, que les deux dernières communications ont donné cours, Catherine Douzou, professeur à l’université de Tours, s’intéressant aux apports du français littéraire au théâtre contemporain et Jean-Pierre Goudaillier, professeur à l’université de Paris-Descartes, aux dialogues de films. La table ronde qu’a dirigée Jean-Luc Jaunet a complété cette réflexion sur la langue française et les arts puisqu’il y a été question des rapports entre langue littéraire, musique et chansons.
Ces diverses questions abordées au cours des trois journées du colloque ont été amplifiées par un séminaire pédagogique, dirigé par Michel Gramain, inspecteur académique-inspecteur pédagogique régional de l’académie de Nantes, consacré à la maîtrise de la langue à l’école et par une table ronde sur le même thème et, plus précisément, sur le rôle de l’école dans la formation et la réussite de l’élève ou de l’étudiant. L’incidence de la langue sur le plan professionnel a été débattue et approfondie par deux tables rondes, l’une dédiée à la réinsertion, dirigée par J. Branger, et l’autre, organisée par D. Beaumon, à l’insertion dans le milieu du travail . Enfin il était nécessaire d’envisager, pour élargir la problématique proposée, la place et l’utilité du français au contact des autres langues dans la Francophonie : ce fut le débat qui a réuni à Liré les représentants des principaux organismes officiels du français dans le monde.
C’est grâce aux contributions d’un grand nombre de partenaires que nous remercions chaleureusement, que ces journées ont pu avoir lieu et, tout d’abord, je remercie très vivement nos hôtes, l’école nationale supérieure d’arts et métiers d’Angers (ParisTech), son directeur, M. Laurent Guillaumat, mais aussi son ancien directeur, M. Marian Reszka, vice-président délégué des Lyriades, qui nous accueille tout au long de l’année pour nos manifestations, l’association La Turmelière et son directeur qui nous ont si bien reçus au château de la Turmelière.
C’est aussi, tout particulièrement, grâce à un grand nombre de partenaires que ces journées ont pu voir le jour et nous faire prendre conscience que le français est bien une langue pour réussir dans la vie socio-professionnelle, la culture et les arts.


Nos remerciements vont en effet au ministère de la Culture et de la Communication (délégation générale à la langue française et aux langues de France et direction régionale des affaires culturelles), au ministère de l’Éducation nationale, au conseil régional des Pays de la Loire, au conseil général de Maine-et-Loire, à la communauté de communes du canton de Champtoceaux, aux municipalités de Liré, d’Ancenis et d’Angers, à l’Académie française, au Sénat, à l’Organisation internationale de la Francophonie, au rectorat de Nantes, à l’inspection académique de Maine-et-Loire, aux centres national, régional et départemental de documentation pédagogique, à la chambre de commerce et d’industrie de Maine-et-Loire et son CFA, aux archives départementales, à la bibliothèque municipale Toussaint et au musée des Beaux-arts d’Angers, aux établissements d’enseignement supérieur d’Angers et à tous les éminents spécialistes de la langue française qui ont bien voulu enrichir de leurs réflexions, le thème proposé, véritable problématique linguistique, socio-économique et culturelle.
Mais ces Rencontres n’auraient pas eu tant d’éclat sans le public, nombreux et divers, qui y a participé activement, à Ancenis, à Angers comme à Liré, sans l’action de nos comités et des bénévoles d’Ancenis, de Liré, de Champtoceaux ou d’Angers. Grand merci aux uns et aux autres !
Le comité pédagogique des Lyriades a permis en effet l’engagement, tout au long de l’année scolaire, de l’enseignement secondaire et primaire, dans les multiples projets pédagogiques, suivis par MM. Michel Gramain, inspecteur pédagogique régional, Jean-Luc Jaunet, délégué du recteur auprès des Lyriades, vice-président délégué des Lyriades, et Jean-Claude Vallejo, coordonnateur académique « poésie-lecture-écriture », que nous avons pu découvrir lors de ces Rencontres. Une vingtaine d’établissements scolaires, de l’école maternelle au lycée, ainsi que trois établissements de formation d’apprentis, représentant au total plus de 1300 élèves, ont participé aux Lyriades-Jeunesse 2012 ; parmi la douzaine de projets développés, remarquons la rencontre, le vendredi 27 avril, entre les Lyriades et quatre collèges de Maine-et-Loire lors de la 5e étape de leur parcours éducatif en langue française : présentation des travaux des collégiens réalisés dans les ateliers animés par la Cie PaQ’la Lune et dictée composée par M. Jean-Pierre Colignon (réalisée simultanément, à distance, dans trois établissements secondaires d’Ancenis et de Champtoceaux). Cette rencontre a été honorée de la présence de Madame Danièle Sallenave, de l’Académie française, membre d’honneur des Lyriades, qui a remis le prix au lauréat.
Que soit aussi bien vivement remerciée la commission culturelle des Lyriades, en les personnes de Mmes Martine Charles, Geneviève Paré, Odile Brunet, Cécile Hérissé, Blandine Beaumont, Cynthia Vincent, Pierrette Le Ny, Marie-Annick Mainguy, MM. Olivier Bernard et Dominique Dahéron, qui n’ont cessé d’animer ces journées par des activités variées faisant de la langue française une fête des mots. Nous avons particulièrement apprécié, le jeudi à Angers, le spectacle poétique de la Cie Chemins de traverse et l’exposition de la bibliothèque municipale d’Angers : « Dicomania : un millénaire de dictionnaires », organisée par M. Marc-Édouard Gautier, conservateur des fonds anciens, suivie d’une conférence de M. Jean Pruvost, professeur à l’université de Cergy-Pontoise ; nous avons bien aimé, le vendredi à Ancenis, le spectacle « Chanson gourmande » par le collectif Ty Zef en partenariat avec le théâtre Quartier libre, le samedi à Champtoceaux le spectacle « Nout’Rêve » par la Cie réunionnaise Pat’jaune en partenariat avec Scènes de Pays dans les Mauges, le samedi et le dimanche à Liré, au château de la Turmelière, l’exposition « Les Angevins et le Canada », les lectures de M. Christophe Botti, dramaturge et comédien en résidence, et le chapitre d’intronisation de trois nouveaux membres dans la Confrérie des compagnons vignerons de Joachim Du Bellay. Mais il faut encore mentionner la 7e dictée des Lyriades, composée et lue par M. Jean-Pierre Colignon, le concours et l’atelier de mots croisés, organisés par l’association « À la Croisée des mots », qui ont connu un grand succès, et encore bien d’autres activités qui ont permis, en somme, de faire du français une langue de fête, bien dans l’esprit des Rencontres.
Je ne voudrais pas oublier notre conseil scientifique, d’un précieux secours pour choisir le programme et les intervenants qui nous ont donné à entendre des communications particulièrement brillantes, pleines de force et de vie, pour faire luire d’un nouvel éclat ces 6es Rencontres. Que soient tout particulièrement remerciés nos présidents de séance, nos soixante intervenants, ces écrivains et poètes, ces professeurs et chercheurs, ces journalistes et praticiens, tous spécialistes de la langue française, qui ont bien voulu nous parler de leur domaine de prédilection. Ils ont fait briller pour nous la langue française et montré qu’elle pouvait être facteur de réussite dans les grands domaines de la vie.
Toute ma gratitude va enfin aux organisateurs : MM. Dominique Brossier, président des Lyriades, Dominique Beaumon, délégué général, Bernard Staub, vice-président, Mmes Jacqueline Branger, vice-présidente en charge du mécénat et de la communication, Odile Brunet, Geneviève Paré, Martine Charles, Hélène Ribot, aux membres du bureau et à tous ceux qui les ont aidés, tout particulièrement Mme Marie Bosselet, assistante des Lyriades ; aux organismes, aux partenaires et aux associations (Les Amis du Petit Lyré, la Lyre et la Plume et le musée Joachim Du Bellay, la Turmelière, Scènes de Pays dans les Mauges, le théâtre Quartier libre d’Ancenis, l’école de musique cantonale Mélodie...) qui ont contribué à la réalisation de ces journées ; et tous ceux, de Liré, de Champtoceaux, d’Ancenis, d’Angers ou d’ailleurs, sans lesquels ces 6es Rencontres de Liré n’auraient pu voir le jour. Ils ont permis d’orchestrer les éléments indispensables à leur réalisation, de convaincre les partenaires du bien-fondé de notre projet.
Tous nous ont permis de faire en sorte que ces 6es Rencontres de Liré puissent illustrer la langue française et défendre ses usages pour la réussite d’un humanisme bien compris dans une société plus harmonieuse.



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