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- Le mot "congé"


Ce substantif est l’aboutissement de l’évolution phonétique de son étymon latin commeátu(m), lui-même dérivé du verbe commeare, qui signifiait « aller d’un endroit à un autre, aller et venir, circuler ». Le substantif commeatus s’employait surtout dans le langage militaire pour désigner un déplacement de troupes, un transport de marchandises, en particulier de vivres, mais aussi l’ordre ou l’autorisation de ce déplacement ou transport.
En ancien français, congié conserve le plus souvent cette acception d’ « autorisation de partir, de se retirer », réalisée dans diverses expressions composées des verbes requerre (demander), avoir, prendre, doner, otroier, creanter (accorder), et de congié comme régime (cf. Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion, éd. Champion, v. 2544-65). Le congé, dans le nord de la France, au XIIIe siècle, est un genre poétique consacré aux adieux du poète à sa ville natale et à ses amis.
Mais le terme peut aussi, par extension, prendre le sens général d’ « autorisation, permission », notamment dans le vocabulaire juridique. Il peut également, surtout en moyen français, passer du sens de « permission de partir » à celui d’ « invitation à partir, expulsion », ou, dans la vie professionnelle, de « renvoi » ; la locution donner congé a alors la même acception que le verbe congier : « chasser, bannir » et le moderne « congédier ».
L’ancien sens latin d’ « autorisation de transporter » a été repris, en français moderne, pour désigner le titre de circulation de marchandises soumises à un impôt indirect (par ex. l’alcool). Dans les autres emplois, les plus fréquents, de congé, le sens d’ « autorisation de se retirer » s’est changé en « autorisation de s’absenter », notamment de son emploi ou travail : obtenir un congé sabbatique, sans solde. La notion même d’« autorisation » tend à disparaître : prendre congé signifie alors seulement « se retirer » et, d’autre part, le substantif devient synonyme de « vacances, repos » surtout au pluriel : congés payés, de maladie. Dans quelques expressions, congé, souvent précédé du possessif, indique que l’on met fin à un contrat de location ou à un service à gages : recevoir, donner son congé.
Gérard Jacquin


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