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Chaleur et froid


Au froid que nous avons déjà évoqué dans ses origines lexicales et ses retombées sémantiques (v. site …), s’oppose « le chaud » et « la chaleur » du latin calor. « Chaud » ne s’emploie plus qu’associé à « froid », après avoir été usité longtemps comme nom (p. ex. le chaud du jour). Au sens figuré, « chaud » évoque les manifestations de l’affection, l’enthousiasme et l’élan chaleureux (adjectif formé sur « chaleur »).
« Ardent », emprunté au latin ardens, qualifie, au sens propre, le feu ou ce qui s’y rapporte, – on dit, par exemple, des charbons ardents, un miroir ardent (qui enflamme en concentrant les rayons du soleil), une soif ardente, une chambre ardente (tribunal d’exception qui condamnait les empoisonneurs au supplice du feu au XVIIe siècle) – mais peut avoir des emplois figurés : un zèle ardent, un amour ardent. L’emploi d’« ardeur » est parallèle à celui d’« ardent ».
Se chauffer se disait en latin calefacere (<cale <calidus : « chaud »+ facere : « faire ») qui s’est ensuite abrégé, de façon populaire, en calefare. Ce verbe a donné lieu à plusieurs dérivés : chauffage, chauffeur, chaufferie, chauffoir (pièce que l’on chauffait dans les couvents ou les hospices), chaufferette.
Le feu se faisait traditionnellement dans une cheminée (caminata, dérivé de caminus : « four », emprunté au grec Kaminos). Elle est composée de l’âtre qui provient du latin populaire astracus ou astricus : « pavé », déformation d’ostacum, du grec ostrakon : « tesson ». La partie où l’on fait le feu s’appelle le foyer (focarius< focus : « foyer ») et par élargissement de sens a désigné « la famille » dans les anciens recensements, le mot « feu », dérivé de focus signifiant « le feu » lui-même. Le mot ignis ne se retrouve plus que dans des mots savants fabriqués récemment (p. ex. ignifuge…). La racine pyr a permis de même tout un vocabulaire technique et savant. Sur la racine « feu » (ou « fou » avec alternance de radical), on a fabriqué des dérivés : fouée (feu allumé dans un four pour le chauffer, chasse aux petits oiseaux pratiquée à l’aide de feux, fouage (droit perçu pour chaque feu), fouace (gâteau cuit sous le cendre).
La flamme, manifestation du feu, vient du latin flamma et le mot « flamber » du diminutif flammula. A « flamme » se rattachent « flammé, enflammer, à flamber, flambeau, flambée, flamboyant ». Mais « flammèche » vient du germanique falawiska : « étincelle ». Ces mots ont eu des sens figurés dans le vocabulaire amoureux mais désignent aussi des réalités bien concrètes dans la vie moderne : les feux de croisements, par exemple.
Le plus ancien appareil de chauffage est « le poêle », dérivé du latin pensilis qui signifie « suspendu », les parties suspendues d’une habitation pouvant être chauffées par en dessous. Ce mot désignait au Moyen Age et au XVIIe siècle « une chambre chauffée », comme celle de Descartes en Hollande.
Les calorifères du XIXe siècle qui distribuent le chauffage dans plusieurs pièces ont emprunté leur nom aux mots latins calor et ferre (« porter »). Le chauffage central, quant à lui, distribue la chaleur à partir d’une chaudière (caldaria < caldus : « chaud »), terme très général qui désigne un appareil où l’on fait chauffer un liquide (p. ex. la chaudière dans l’alambic). Les radiateurs distribuent la chaleur et leur dénomination est empruntée au latin radiatio, dérivé de radiari : « rayonner », dérivé lui-même de radius : « rayon du soleil »).
On voit donc que les mots anciens, qui ont subi des transformations phonétiques, remontent au fonds originel latin et que les mots des XIXe et XXe siècles, de caractère savant, ont été fabriqués à partit de racines qui n’ont pas évolué.
(F. A.-D.)


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