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- Agustín Gómez Arcos, un écrivain francophile


Né en 1933 dans le petit village d’Enix en Andalousie, Agustín Gómez Arcos est un écrivain espagnol d’expression française à partir de 1975, année de son premier roman en français L’Agneau carnivore qui obtint le prix Hermès en France. C’est après avoir vécu vingt-sept années sous le franquisme, qu’Agustín Gómez Arcos décide de quitter l’Espagne en 1966 et de partir pour l’Angleterre dans un premier temps pendant trois ans, pour finalement s’installer en France en 1968. Cet exil bien que justifié par la censure opérant sous le régime est cependant assez tardif : en effet l’écrivain vit sa carrière littéraire en Espagne franquiste pendant plusieurs années, à travers le théâtre en particulier. La guerre civile espagnole éclate en 1936 et se finit en 1939, pendant la très jeune enfance de l’écrivain (puisqu’il avait entre trois et six ans), le régime franquiste s’installe en 1939 jusqu’en 1977, Gómez Arcos a alors trente-trois ans quand il décide de quitter l’Espagne. De plus, le choix de la France comme terre d’accueil ne va pas de soi et suppose donc, bien avant des raisons politiques, une certaine « francophilie » de la part de l’auteur. Comme tout écrivain francophone, le choix de la langue française par rapport à la langue maternelle est une question primordiale au sein de l’œuvre littéraire, mais dans le cas de l’Espagne le changement de langue d’expression ne s’explique pas par des raisons politiques ou historiques, il convient donc d’en souligner la singularité.
À travers ce premier roman d’expression française L’Agneau carnivore, l’écrivain opère une véritable rupture avec l’Espagne, la mère et la langue. Ce roman se divise entre le présent du narrateur et des analepses qui retracent les lendemains de l’échec de la République en Espagne dans une famille républicaine espagnole, le père se terre dans son bureau et la mère règne dans la maison, laissant son fils aîné s’occuper du cadet, qui est le narrateur, et l’initier dès l’enfance à l’homosexualité. Si la mère règne dans la maison, elle règne également dans le roman, et c’est par elle que le narrateur va exprimer la haine pour son pays à travers la haine qu’il lui voue. Ce sont alors tous les personnages du roman : parents, frère, servante, confesseur et précepteur, qui vont s’illustrer comme l’espace du conflit linguistique de l’auteur. Bien que Gómez Arcos se défende de la nature autobiographique du roman, il n’en demeure pas moins que nombre de biographèmes le ponctuent. Ainsi, l’écrivain invente sa propre expression littéraire par le biais de son rapport à l’Espagne, à la mère, à la langue maternelle, par la mise en scène de son propre conflit linguistique.
Ainsi, bien qu’Agustín Gómez Arcos ait dans une certaine mesure déjà réalisé sa vocation littéraire en Espagne avec du théâtre, il lui donne en langue française une toute autre ampleur. En effet, le changement de langue lui ouvre les portes du genre romanesque et surtout de la liberté d’expression tant recherchée mais jamais acquise dans son pays natal. L’imaginaire qu’il a alors de sa langue maternelle par rapport à sa langue d’adoption lui permet à la fois de réfléchir sur la langue et d’inventer une nouvelle expression littéraire qui lui est propre. En semant son premier roman L’Agneau Carnivore de nombreux biographèmes qui évoquent le silence pesant lié à la censure, l’exil et la rupture avec le pays et la langue, l’écrivain enterre véritablement sa langue maternelle qui lui empêcha de se réaliser en tant qu’écrivain. C’est en fictionnalisant son propre conflit linguistique à travers les personnages et particulièrement à travers la mère en tant qu’allégorie de la langue maternelle et de la patrie que Gómez Arcos met en scène une nouvelle expression littéraire emprunte de résurgences de la langue espagnole mais aussi d’une création néologique abondante.
Cecilia Allard


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