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- Curiosités littéraires


Il arrive que les œuvres littéraires deviennent de véritables espaces de jeu pour leurs auteurs, lesquels accouchent de créations ludiques ou novatrices, pouvant toutefois étonner par leur caractère avant-gardiste, voire pionnier.
Si vous disposez d’un bon cardio, tentez l’expérience de La Danse du fumiste que Paul Edmond propose : cette petite histoire racontée en une seule phrase le long de 166 pages offre un retournement de situation lors du point virgule central, point de bascule du récit... et de la phrase.
Tout aussi intrigant que la fameuse Disparition de Georges Pérec, Le train de nulle part, écrit par Michel Dansel, nous offre une forme nouvelle d’évanouissement, celle du verbe. D’avantage remarquable (au sens propre) que l’absence d’une lettre, cette autre disparition nous tient en haleine durant 233 pages.
Raymond Queneau pourrait être taxé de présomptueux lorsqu’il revendique la rédaction de Cent mille milliards de poèmes... Et pourtant, l’auteur n’exagère nullement et réussit, de surcroît, l’exploit de réunir un tel volume d’écrits en seulement dix pages ! Grâce à un système ingénieux d’imbrication, apparaissant sous la forme de languettes, chacun des vers du sonnet peut être choisi entre dix vers différents, ce qui, en langage mathématique, revient à 1014 = 100 000 000 000 000. Queneau se plut à dire au sujet de son œuvre qu’« en comptant 45 secondes pour lire un sonnet et 15 secondes pour changer les volets à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails) ».
Naked came the stranger représente la plus grande supercherie ratée de l’histoire de la littérature. Profondément convaincu de l’appauvrissement culturel et littéraire de ses compatriotes, l’éditorialiste américain Mike McGrady se mit en tête de rédiger un roman résolument mauvais, à l’aide de plusieurs complices (vingt-trois en tout), sous le nom de plume Penelope Ashe. La réception du texte donna raison à son instigateur : le succès fut tel que les « auteurs », éprouvant une forte culpabilité concernant les gains amassés pour une si terrible rédaction, révélèrent peu de temps après la supercherie. Malgré les éclaircissements quant à la genèse de l’œuvre, il se trouva tout de même certains éditeurs pour demander une suite à McGrady et ses collègues !
Victor Hugo et Rimbaud ont un point commun : tous deux sont des membres du club très fermé réunissant les auteurs ayant créés des néologismes aujourd’hui fortement implantés dans la langue française. Le premier démocratise le mot pieuvre, d’origine anglo-normande, comme synonyme du poulpe, dans son roman Les Travailleurs de la mer ; ce nouveau terme supplantera rapidement l’ancien. Le prince des poètes nous invite, pour sa part, à adopter l’adjectif abracadabrantesque dans Le Coeur supplicié, terme que l’un des présidents français reprendra, plus tard, à son compte lors de l’un de ses discours...
Jules Verne, célèbre pour son Nautilus, sous-marin fictif et avant-gardiste qui inspira les ingénieurs militaires, ne s’arrête pas à cette création futuriste autant que prémonitoire. Une autre anticipation de l’auteur sur l’avancée technologique est mise au jour dans son œuvre De la terre à la lune, dans laquelle un club d’artilleurs projette d’envoyer un obus, habité de trois hommes, sur le satellite terrestre... Qui plus est, le site fictionnel prévu pour le lancement, situé non loin de Tampa, en Floride, est relativement proche de Cap Canaveral, base de lancement actuelle de la fusée Apollo 11, première mission à avoir permis à des hommes de se poser sur la lune.
Marianne Ritier


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