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- Le paysage craonnais dans Ma Tante Giron de René Bazin


Le paysage craonnais dans Ma Tante Giron de René Bazin

Si le nom de Bazin est davantage lié à Hervé, auteur du célèbre Vipère au poing, il ne faut pas oublier que son grand oncle René fut une figure majeure de la littérature et du journalisme. Représentant de la tradition catholique et attaché aux vertus du terroir, René Bazin eut à cœur de placer son œuvre littéraire au sein de sa région d’origine, l’Anjou. Né à Angers en 1853, il étudia le droit à l’Université Catholique de l’Ouest, et résida à Saint-Barthélemy-d’Anjou. C’est avec Ma Tante Giron, son deuxième roman, qu’il remporta un vif succès lui permettant d’accéder au milieu littéraire parisien.
En lisant Ma Tante Giron, nous nous apercevons en effet qu’une couleur locale se dessine en arrière-plan. Au fur et à mesure, elle nous apparaît même indispensable à tel point que l’histoire ne serait pas la même sans elle. Le récit se déroule dans le pays craonnais, en 1828. Le Craonais (orthographié avec un seul « n » dans le roman) se situe à la frontière de la Mayenne et du Maine-et-Loire : en effet, le Haut Anjou est très présent, puisque les villes de Segré et de Pouancé sont évoquées dans le roman. Cette région est décrite comme ayant un « caractère original et nettement marqué », possédant un peu de Bretagne par son paysage, et un peu de Vendée par ses hommes. Dès les premières pages du roman, René Bazin décrit au lecteur le paysage du Craonais et ses prairies, ses villages de campagne, ses paysans fidèles et robustes que l’on appelle métayers, sa flore fournie. Le monde rural de l’époque est décrit de manière précise, et notamment la « bourgeoisie rurale » dont fait partie la tante Giron et son « amour de la campagne et de la vie laborieuse, abondante, considérée ».
Les mœurs culinaires sont également présentées, comme la tarte de Segré « mi-frangipane, mi-confiture », ainsi que les traditionnels rillauds, écrits « rilleaux » dans le roman, qui donnent lieu à de véritables festins, « occasion d’une fête à laquelle les parents et les amis sont conviés », et dont la cuisson se révèle être « une grave affaire et une entreprise difficile ».
L’auteur donne également à voir les coutumes langagières régionales. Est ainsi décrite une scène de pêche, dans laquelle René Bazin emploie le vocabulaire local pour mieux introduire le lecteur dans cette scène et dans son ambiance : les ribots pour désigner de longues perches et les riboteurs pour décrire leurs utilisateurs, ou encore les bâches pour représenter les filets.
Nous pourrions dire que René Bazin s’apparente à un peintre, chargé de rendre au mieux le paysage qu’il a devant ses yeux : les passages de description sont à la fois très clairs et empreints de poésie. La ville de Pouancé en Anjou est ainsi décrite : « le bourg le plus arrosé de l’Anjou, pour qui les Grecs, s’ils l’avaient connu, eussent tiré de l’écrin quelque bel adjectif signifiant “où l’eau abonde”. […] Comme tout cela chante dans les prés, et comme les prés sont verts ! ». Plus loin, le printemps dans le Craonais résonne comme une résurrection dont la description tient du bucolique : « Dans le Craonais, terre un peu froide et rude, l’hiver est long, le printemps lent à venir, mais quand il éclate, quelle fête subite et superbe ! […] Tout à coup, au milieu d’une journée pluvieuse, un souffle passe. Il est tiède, imprégné d’un parfum subtil. D’où vient-il ? Quels rayons l’ont chauffé ? Sur quelles fleurs s’est-il embaumé ? Ne cherchez pas. C’est la permission d’éclore donnée à l’herbe, aux fleurs, aux arbres, c’est le messager qui parcourt la terre. Tout ce qui a vie tressaille sur sa route. »
Description, couleur locale, mœurs, coutumes sont maniées de façon habile et réaliste par René Bazin sans jamais tomber dans l’ennui ou la stigmatisation à travers une écriture proche du lyrisme, de la bucolique, voire de la mélancolie.
Chloé Monsallier


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