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- Renée Balibar et la notion de colinguisme


Renée Balibar et la notion de colinguisme : quels apports pour l’enseignement du français aujourd’hui ?

Renée Balibar, 1915-1998, est une linguiste connue pour son travail sur la langue française et son histoire. Elle inscrit son travail dans un cadre de pensée marxiste, influencée par des auteurs comme Althusser ou Gramsci. Ses ouvrages se distinguent des travaux linguistiques de son époque, dominés par les théories structuralistes, en ce qu’ils prennent en compte la dimension historique de la langue, pas seulement dans une optique strictement linguistique, comme peut le faire la phonétique historique par exemple, mais également en pensant la langue en rapport avec les institutions sociales qui en régissent l’usage.
Ses travaux l’amènent à développer une notion nouvelle : le colinguisme. La différence avec ce qu’on désigne par bilinguisme, notion proche, est que le bilinguisme désigne l’usage à même niveau de compétence de deux langues différentes par un locuteur dans sa pratique individuelle, alors que le colinguisme se comprend au niveau de l’institution, c’est-à-dire à une échelle collective. On pourrait ainsi définir le colinguisme comme l’horizon linguistique dans lequel se conçoit la langue au moment où elle cherche à s’institutionnaliser. Ainsi, Renée Balibar pointe-t-elle que le Serment de Strasbourg, connu pour être le premier écrit en français, est un texte qui a son symétrique en langue germaine et que c’est d’abord en se distinguant de cette autre langue que le français trouve cette identité. Plus tard, c’est par rapport au latin que notre langue va se définir. Quelle actualité pour cette notion aujourd’hui ? Il semble qu’alors que des efforts sont faits actuellement pour penser l’enseignement du secondaire dans un sens qui aille au-delà des cloisonnements interdisciplinaires, il peut être intéressant de penser l’apprentissage des langues en terme de colinguisme. De plus, alors que l’école d’aujourd’hui rencontre dans certains lieux des difficultés pour inclure tous les publics, il peut être profitable de montrer qu’on peut penser la langue de la République non pas en autarcie, comme une valeur universelle intangible, mais dans ses rapports avec d’autres langues, tant dans son histoire que dans sa pratique actuelle.
Claire Monnier

Bibliographie :

- Le français national. Politique et pratique de la langue française sous la Révolution, Paris, Hachette, 1974
- Les français fictifs. Le rapport des styles littéraires au français national, Paris, Hachette, 1974
- “L’école de 1880. Le français national”, Histoire de la langue française 1880-1914, ch. II, p 255-293, sous la direction de G. Antoine et R. Martin. Paris, éd. du CNRS, 1985
- L’institution du français. Essai sur le colinguisme des Carolingiens à la République, Paris, P.U.F., 1985
- Histoire de la littérature française, Paris, PUF, coll. “Que sais-je ?”, n° 2601, 1993
- Le colinguisme, Paris, PUF, coll. “Que sais-je ?”, n°2796, 1993



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