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- L’Assommoir

compte-rendu par Roshanak Saadoddine

L’Assommoir est le septième volume du cycle des Rougon-Macquart d’Emile Zola, paru en 1877. Le projet de Zola est de bâtir, l’ « histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire1 ». L’Assommoir est centré sur le personnage de Gervaise Coupeau, née Macquart. Elle appartient à la branche ouvrière des deux familles principales, étant une des deux filles d’Antoine Macquart. Pour comprendre la généalogie des Rougon-Macquart, la connaissance de deux volumes est nécessaire : le volume des origines, La Fortune des Rougon (1871), ainsi que l’épilogue, Le Docteur Pascal (1893) qui contient l’arbre généalogique de l’ensemble de la famille. Pourtant, L’Assommoir peut aussi se lire seul, fort d’un nombre de page très important qui contraste avec un volume tel que Le Rêve (1888). Gervaise Macquart a quitté Plassans, petite ville de Provence, pour gagner la capitale avec son compagnon, Lantier. Le couple est heureux avec leurs deux fils, Charles et Étienne. Mais Lantier se fait happer par l’atmosphère corruptrice de Paris et, tandis que Gervaise travaille sans relâche pour leur assurer de quoi vivre, il se met à boire et à la tromper. Du jour au lendemain il la quitte, la laissant seule avec deux enfants de moins de dix ans à charge. Cet événement tragique renforce la volonté de Gervaise qui rêve d’indépendance à force de courage et d’abnégation. Elle espère, en évitant de retomber dans les filets d’un homme malsain, arriver à réaliser ses rêves d’ascension sociale. Cependant, Coupeau, un zingueur, lui fait la cour, et leur mariage, réalisé sous de sombres auspices, enterre la fortune de Gervaise. Le schéma précédent se réécrit. Les premières années du ménage sont idylliques : Coupeau ne boit pas et travaille avec le même acharnement que sa femme devenue une blanchisseuse aguerrie. Anna dite Nana naît rapidement. Le rêve de Gervaise est à deux doigts de se réaliser puisqu’elle peut, grâce à ses économies, acheter un atelier de blanchisserie dont elle serait la patronne. Mais c’est sans compter sur la fatalité qui entache le destin de tous les Macquart : Coupeau a un accident de travail et Gervaise perd toutes ses économies à le soigner chez elle. Une fois rétabli, Coupeau refuse de retourner travailler et commence peu à peu une lente descente dans l’ivrognerie. Gervaise achète pourtant son atelier grâce à un prêt important de ses voisins, les Goujet avec qui elle s’est liée d’une amitié sincère. Lantier, l’ancien amant de Gervaise réapparaît et se lie d’amitié avec Coupeau. Il vient habiter chez le couple et Gervaise cède rapidement à ses avances, sous les yeux de son mari inconscient et étourdi. Rapidement, Gervaise ne peut plus subvenir aux frais de toute la famille qui dépense sans compter. L’atelier est cédé à Virginie Poisson, une voisine avec laquelle Lantier s’acoquine lorsqu’il sent le vent tourner, et Gervaise descend petit à petit tous les échelons qu’elle avait eu tant de mal à gravir. Zola ne fait pas de son héroïne une martyre, au contraire, « le roman de Gervaise » est sobre, réaliste et sans concession : elle est autant responsable de sa misère qu’elle en est la victime.
L’Assommoir est le roman de la déchéance d’une femme dans l’atmosphère asphyxiante et malsaine de Paris sous le Second Empire. Les rêves d’ascension sociale sont tous anéantis et la misère revient sans cesse hanter les pauvres gens. Gervaise, figure centrale, est le symbole de cette décrépitude qu’elle subit et entretient tout à la fois. Ainsi, plus ses dettes s’accumulent, plus elle se pâme dans sa fainéantise et sa gourmandise. A mesure que le temps passe, son estomac s’épaissit et elle finit, elle aussi, par se mettre à boire. Elle refuse l’amour de Goujet, une des seules personnes estimables du roman, et préfère s’enliser dans sa misère quitte à finir lamentable, mendiant et cherchant à se prostituer pour calmer la faim qui la tenaille. Quant à Coupeau, il finit à l’asile de Sainte-Anne, fou de son ivresse et ivre de sa folie. Nana, leur fille, a depuis longtemps quitté le domicile familial et s’engage à suivre la voie malsaine à laquelle elle semble destinée à la vue de son triste exemple parental : devenir la cocotte de riches bourgeois. Son histoire sera celle de Nana (1880), neuvième volume des Rougon-Macquart.


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