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- Jeudi 3 novembre 2016 :
Colette ou la consommation voluptueuse du monde

À 14h30, à l’université du temps libre à Angers, 14 rue Pocquet de Livonnières sur réservation au 02 41 88 96 41

« Colette ou la consommation voluptueuse du monde » : cette formule est à prendre moins comme une conclusion anticipée, que comme une hypothèse à examiner : elle s’accommoderait fort bien d’un point d’interrogation. En effet, si la volupté est chez l’auteur de l’Ingénue libertine une valeur clé de son hédonisme, sa quête n’est pas toujours facile, et le « monde » se montre quelquefois réticent à se laisser « consommer » par la gourmande amateur de blé en herbe. C’est ce dont nous parlera Jacques Baulande le 3 novembre.

COLETTE, Sidonie-Gabrielle, (1873-1954). Née dans l’Yonne, Colette y vit près de Sidonie, sa mère. Elle épouse Henri Gauthier-Villars, dit Willy, le 15 mai 1893. À cette époque débute leur « collaboration » en écriture avec des livres comme Gigi. Après s’être séparée de son mari, pendant plus d’un demi-siècle, elle publie une multitude de romans dans lesquels se retrouve la marque profonde de la nature, héritée de son enfance bourguignonne. Voici un bel extrait de son œuvre sur la vigne de sa région :

La vigne, le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. Un plant de vigne, transporté par-delà les mots et les mers, lutte pour garder sa personnalité et parfois triomphe des puissantes chimies minérales. Récolté près d’Alger, un vin blanc se souvient ponctuellement, depuis des années, du noble greffon bordelais qui le sucra juste assez, l’allégea et le rendit gai. Et c’est le Xérès lointain qui colore, échauffe le vin liquoreux et sec qui mûrit à Château-Chalon, au faîte d’un étroit plateau rocheux.
De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente et trouble, ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu’au bois dénudé, serpent ligneux coincé entre deux rocs : de quoi donc s’alimente, par exemple, ce plant méridional qui ignore la pluie, qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ? La rosée des nuits, le soleil des jours y suffisent – le feu d’un astre, la sueur essentielle d’un autre astre – merveilles…
Quelle journée sans nuage, quelle douce pluie tardive décident qu’une année de vin sera grande entre les années ? La sollicitude humaine n’y peut presque rien, là tout est sorcellerie céleste, passage de planète, taches solaires. (Prisons et paradis, « La treille muscate », Paris, Fayard, 1932 et 1986.


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