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- Le mot « otage » dans le Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot (1606)


Le mot « otage » dans le Thresor de la langue francoyse de Jean Nicot (1606)

Deux traditions étymologiques se disputent l’origine du mot « otage » : la première rattache celui-ci au latin obses (otage, gage, garant), qui dérive du verbe obsidere (occuper un lieu, et notamment assiéger), la seconde à hospes (hôte), cette seconde interprétation étant la plus communément retenue aujourd’hui . Le mot « otage » appartiendrait à la même famille lexicale que « hôte » : malgré leur antagonisme, ces deux mots renverraient, comme « hôtesse » ou « hôtel », à l’hospitalitas, qu’on donne ou qu’on reçoit. Au Moyen Âge, « hostaige » ou « ostage », dérivé de « hoste », désigne d’abord la demeure, le logement, le lieu d’accueil. Parce que l’otage était généralement logé chez celui auprès de qui il constituait une garantie, le mot s’est mis à désigner, après avoir désigné le lieu du séjour, la personne du détenu. Parmi les différents types de gages, c’est ainsi par l’obligation de demeurer auprès de celui qui le détient que se caractérise l’otage.
L’otage doit rester auprès de son hôte jusqu’à ce que ce qui a été promis ait été tenu : la relation étroite qu’entretient la notion d’otage avec celle de parole donnée (l’otage servant à s’assurer que la parole donnée sera tenue), a pu pousser des auteurs à rechercher entre les mots « otage » et « foi » une relation étymologique. À l’entrée « Ostage » du Thresor de la langue francoyse qu’il publié en 1606, Jean Nicot rapporte ainsi l’analyse du grammairien latin Feste, selon qui « ce mot Latin Obses, est composé de Ob & Fides, par transmutation de la lettre f, en s, pour estre l’ostage baillé pour l’observation de la foy en occurrence militaire ». Nicot réfute cette proposition « pour le mot François ostage », qui « ne peut subir par sa contexture la consideration d’iceluy Feste », et préfère y voir le résultat d’une synthèse entre « ost » (« armée » en ancien français) et « gage ». Il reconnaît toutefois que « l’effect és deux se rencontre » : « en cas de guerre », l’otage est bien « le gage de la foy donnée ». Dans un siècle de guerres civiles comme le XVIe siècle, l’affinité entre les notions d’otage et de parole donnée se fait particulièrement sensible : la pratique de l’otage est courante lors des négociations entre les armées catholiques et protestantes, où il faut s’assurer que les engagements pris pendant les pourparlers seront effectivement respectés. Jean Nicot a probablement ce contexte des guerres civiles en tête quand il ajoute ce développement à l’entrée « ostage » de son dictionnaire. Dans ce développement, l’analyse étymologique du mot s’articule à l’analyse conceptuelle de la chose « ostage ».

Clément Beuvier


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