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- La Recepte veritable de Bernard Palissy


La Recepte veritable de Bernard Palissy

Né dans la région d’Agen vers 1510 et mort à Paris en 1589, Bernard Palissy est surtout connu pour son œuvre de céramiste et d’émailleur, notamment pour ses « rustiques figulines », plats émaillés décorés de figures animales, minérales et végétales moulées directement sur leurs modèles, conservées pour la plupart au château d’Écouen et au Louvre. Le deuxième visage de Palissy qu’ont retenu ses contemporains comme la postérité est celui du protestant intransigeant dans sa foi : dans les Tragiques, Agrippa d’Aubigné fait du « vieil Bernard » un des « roses d’automne » qui, après les bûchers des martyrs protestants, continuent de briller dans « l’automne de l’Église ». Le poète rapporte la fière réponse que le potier saintongeais aurait faite à Henri III, venu le visiter dans sa cellule de la Bastille (où Palissy devait mourir quelques mois plus tard) pour le convaincre d’abjurer sa foi : vous « ne me contraindrez pas, car je ne sais pas craindre / Puisque je sais mourir ». Entré au service du connétable Anne de Montmorency et de son fils François, qui le protègent des troubles civils et lui commandent l’édification d’une « grotte rustique », Palissy leur dédie en 1563 sa Recepte veritable, imprimée à La Rochelle par Barthélémy Berton. La Recepte veritable, ainsi que les Discours admirables, de la nature des eaux et fontaines (publiés à Paris en 1580), font apparaître un troisième visage de leur auteur, celui d’un philosophe naturel, ingénieur et technicien.
La page de titre de la Recepte veritable annonce un ouvrage hétéroclite : Palissy promet d’y enseigner la « Philosophie necessaire à tous les habitans de la terre », d’y décrire le « dessein d’un jardin delectable et utile d’invention », ainsi que celui « d’une Ville de forteresse, la plus imprenable qu’homme ouy jamais parler ». En ouvrant la Recepte, qui prend la forme d’un dialogue entre Demande et Responce (de même que les Discours admirables font dialoguer Theorique avec Pratique), on y découvre, en outre, une histoire des premières communautés protestantes de la région de Saintes, ainsi qu’une satire des officiers royaux et ecclésiastiques, qui servent leurs propres intérêts au lieu d’exercer leur fonction avec probité. À travers cette structure composite, une unité peut être saisie, qui relie le discours du philosophe naturel, du paysagiste, de l’architecte militaire, de l’historien et du satiriste. La satire des officiers royaux et ecclésiastiques s’achève en effet sur un ton particulièrement sombre : dans ce pays où les magistrats jugent selon leur intérêt et non selon la vérité, où les ecclésiastiques ne rejettent le protestantisme que pour conserver le bénéfice de leurs charges, aucune paix de religion n’est envisageable. C’est pourquoi il faut édifier une « Ville forteresse » qui protégera l’Église réformée des persécutions et de la guerre. Le sous-titre de la Recepte veritable, par laquelle tous les hommes pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs thresors se teinte alors d’une certaine amertume : si Palissy veut transmettre à son lecteur les techniques nécessaire pour tirer profit du sol, l’agriculture appartient au temps de la paix, et tout porte à croire que le temps n’est pas venu où les huguenots pourront « multiplier et augmenter leurs thresors ».

Clément Beuvier


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