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- Heureux qui comme Ridan…


Le tic-tac d’une horloge, quelques notes sifflotées… Ainsi commence « Ulysse », la chanson de Ridan sortie en 2007, qui fait voyager dans le temps le sonnet de Joachim Du Bellay. Un voyage d’exactement 450 ans entre le retour de Rome et Les Regrets du poète angevin et la composition de l’album L’Ange de mon démon du chanteur francilien aux origines algériennes.

Un « voyage » entre poésie et musique qui vient redonner sa vocation de texte déclamé à l’œuvre de Du Bellay. Il est aussi l’occasion pour le chanteur de s’exprimer sur la société d’aujourd’hui qui semble décevoir autant que Rome en 1557. Cette inspiration du passé, Ridan en parle ainsi :

« Je suis fan d’une période malheureusement révolue… Ces artistes, ces poètes, ces auteurs avaient des espaces de libertés moins importants qu’à notre époque mais ils avaient plus… de cran si l’on peut dire, plus de volonté à faire passer des idées… Aujourd’hui avec tous les médias que l’on a, on se paraphrase de plus en plus, on en arrive à une pensée commune qui est assez vide, assez lisse. Moi je suis amateur de goût et je défends les valeurs là où elles sont et je vais donc puiser là où il y a une réelle richesse. » (Interview réalisée par Thierry Baumann pour Starzik, à l’occasion de la sortie de son album « L’un est l’autre » en 2009 :
http://www.dailymotion.com/video/xaf6mk_interview-de-ridan_music#.UauAt6tOLmQ)

Toutefois, l’artiste dont le nom est comme un reflet en miroir, un palindrome (son prénom est Nadir « dans le civil ») n’est pas une pâle copie de l’écrivain de la Pléiade. Il amène quelques petites nuances de rythme au niveau de l’alexandrin, allonge quelques syllabes et choisit pour refrain de mettre en valeur un distique interrogatif en le retouchant légèrement : « Mais quand reverrai-je, de mon petit village/ fumer la cheminée et en quelle saison ? ». La voix grave et calme du chanteur apporte une certaine force au texte dont les légères distorsions ravivent le sens à nos oreilles de lecteurs, d’auditeur. En outre, il ajoute un couplet à sa chanson (et une strophe au poème ?) :

« J’ai traversé les mers à la force de mes bras, seul contre les dieux, perdu dans les marées, retranché dans une cale et mes vieux tympans percés, pour ne plus jamais entendre les sirènes et leur voix. Nos vies sont une guerre où il ne tient qu’à nous de nous soucier de nos sorts, de trouver le bon choix, de nous méfier de nos pas et de toute cette eau qui dort qui polluent nos chemins soi-disant pavés d’or ».

Naviguant sur la comparaison homérique avec la figure d’Ulysse, Ridan joue sur le nouveau signifiant du mot « sirènes », faisant ainsi référence aux cris stridents des voitures de police et des ambulances (le bruitage est d’ailleurs présent dans l’enregistrement) mais aussi écho aux ensorceleuses malveillantes de l’île des Sirènes, rappelant ainsi la violence ambiante des grandes villes, des zones urbaines françaises. On peut aussi y entendre les réminiscences d’un voyage entre l’Algérie et la France, celui de ses parents arrivés en région parisienne dans les années 70 pour y élever leurs enfants. Pour écouter et regarder le clip vidéo : https://www.youtube.com/watch ?v=WefxVZLhm9U


Naéva AUBERT, étudiante en Master Enseignement des lettres à l’Université de Cergy-Pontoise


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