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- Le texte francophone et les langues :
le texte et sa gestion du matériau linguistique


Grâce au bilinguisme, les possibilités créatrices sont accrues mais, en même temps, certaines réalités spécifiques ont du mal à trouver leur « traduction » dans la langue d’écriture. Ces auteurs déploient toute une gamme d’inventions pour dire au mieux ce qu’ils veulent dire et ces jeux de langue ont des effets de séduction, d’étrangeté ou parfois même peuvent provoquer une répulsion de la part du lecteur. Les critiques littéraires étudieront les différentes langues à l’œuvre dans le texte et les rapports qu’elles entretiennent entre elles ; ils iront à la recherche de l’univers géographique, sociologique, religieux, culturel ou politique à partir duquel l’écrivain crée son monde spécifique ; ils découvriront le système métaphorique de l’œuvre où le créateur investit ses armes les plus personnelles ; décalage par rapport au français standard, jeux de langues et traductions masquées. Il y a donc un emploi complexe du français à relever.
Ainsi, les langues des acteurs fictifs, à la fois les personnages et le narrateur, peuvent révéler dans les discours tenus des expressions dans la langue d’origine. Parfois le narrateur partage une double appartenance linguistique, celle de l’auteur qui écrit en français et celle des personnages. Des appréciations d’un personnage, ou plus souvent du narrateur, peuvent intervenir au cours du roman, concernant une langue ou l’autre. Elles sont indicatives du point de vue sur les langues que développe le texte. En effet, l’autre culture, comme l’autre langue, se manifeste de plusieurs manières dans les textes. Soit, elle le fait de façon explicite en empruntant une forme générique marquée : poème traditionnel, conte, devinette, proverbe. Ces formes mêlées aux formes littéraires plus contemporaines héritées des littératures européennes donnent naissance à un texte particulier, parfois hybride. Soit, elle le fait de façon implicite par tout un système de métaphorisation où le créateur négocie entre métaphores et images conventionnelles en français standard (ce français appris) et métaphores et images inventées par l’investissement de la culture d’origine. Cette autre culture se manifeste enfin par les références littéraires et culturelles qu’elle fait intervenir dans l’écriture, toujours en négociation avec les références culturelles et littéraires de l’héritage français ou plus largement occidental.
La manière qu’a l’écrivain francophone de gérer le linguistique permet de distinguer une œuvre par rapport à une autre, de distinguer celles qui sont plus proches de l’héritage de la scolarité et celles qui l’intègrent et le dépassent pour investir la création avec l’identité complexe acquise. Se révèle alors toute cette polyphonie du texte francophone parfois oubliée par la dominante de l’énonciation en langue française.
Cécilia Allard


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