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Anna Moï, un « écrivain monde »

par Huyen-Ang N’Guyen de l’université de Cergy, candidate aux prix des Lyriades décerné le 10 décembre prochain.

Anna Moï (nom de naissance : Trân Thiên Nga), née le 1er août 1955 à Saïgon, est une femme écrivain et une stylisticienne française d’origine vietnamienne.
Son rapport à la langue française est particulier : le français ne lui a pas été imposé comme la langue du colonisateur. En effet, née dans une famille aisée, Anna Moï a fait ses études complètes dans un lycée français au Vietnam avant d’aller en France y faire sa carrière comme écrivain et stylisticienne. Le choix de l’écriture et du français lui est venu au début par hasard. Dans les années 1990, quand elle est venue vivre à Saïgon, on lui a proposé d’écrire, pour un magazine francophone, des articles sur la culture vietnamienne. Ensuite, elle a commencé à écrire des nouvelles, puis des romans. Le choix du français comme langue d’écriture au détriment de sa langue maternelle, le vietnamien, ne lui a pas été douloureux.
Dans son essai Espéranto, désespéranto : la francophonie sans les Français, (Paris, Gallimard, 2006, 66 p.), elle explique que la langue française, avec ses pronoms personnels plus neutres qu’en vietnamien, offre des séductions pour elle : cela lui permet d’échapper au système hiérarchique des pronoms personnels vietnamiens et lui offre une relation égalitaire. En effet, le vietnamien n’a pas un « je », un « tu » ou un « vous », neutres comme en français. Le système des pronoms personnels y emprunte les noms désignant les membres dans la famille, comme « oncle », « tante », « grande sœur », « grand frère », « petite sœur », « petit frère », etc. pour désigner soi-même et l’interlocuteur dans une conversation. Ainsi, le choix du bon pronom personnel dépend de l’âge, du sexe et parfois du statut social des interlocuteurs, ce qui n’est pas du tout évident quand on ne connaît pas son interlocuteur : « La simplicité des « je », « tu », « il », « nous », « vous », « ils » est, par contraste, d’une séduisante neutralité d’emploi. Entre le minimalisme anglo-saxon (you, I) et le maximalisme vietnamien, le français offre une voie intermédiaire subtile, la triade non mafieuse « tu », « vous », « je ». L’autre, traité familièrement ou non, conserve son mystère ; il est seulement l’autre/pas moi, libre et égal », écrit Anna Moï dans son essai (Ibid, p. 43).
Mais après tout, pour Anna Moï, la langue d’expression choisie pour l’écriture est comme un matériau pour l’artiste au même titre que le marbre pour un sculpteur ; c’est un choix artistique et l’artiste a sa liberté de choix. D’ailleurs Anna Moï est polyglotte : elle parle le vietnamien, le français, l’anglais, l’allemand, le japonais et le thaï. Elle publie également en anglais. Elle se revendique comme un écrivain monde.


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