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- Le Docteur Pascal

compte-rendu par Roshanak Saadoddine

Le Docteur Pascal est le vingtième et dernier volume du cycle des Rougon-Macquart, fresque naturaliste d’Émile Zola comportant des tableaux d’histoire, de vie et de société peints autour de la destinée d’une famille symbole de la vie sous le Second Empire. Celui-ci a décliné et laisse désormais la place à la IIIe République. Ce volume fait ainsi écho à La Fortune des Rougon, premier volume se déroulant lors du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851 et qui posait les fondations de la fortune des Rougon. Le Docteur Pascal est centré sur les dernières années de vie du docteur Pascal Rougon, deuxième fils de Félicité et de Pierre Rougon et petit-fils de la fondatrice de la lignée mi-légitime mi-bâtarde des Rougon-Macquart. Dès le premier volume, le docteur Pascal était présenté comme différent du reste de sa famille qui est caractérisée par sa soif de pouvoir et de réussite. A l’heure où finit l’Empire, Félicité Rougon, veuve de quatre-vingts ans, n’a plus qu’un seul et unique désir : faire fructifier l’histoire conquérante de sa branche, telle une reine déchue qui n’aurait de cesse de vouloir conserver les lueurs de son précédent pouvoir. Par ailleurs, son prestige n’a pas décliné : elle est toujours une femme riche et bien établie, à la renommée sans tache tandis que ses deux autres fils, Eugène et Aristide, montés à Paris, conservent eux aussi leur autorité. Pascal apparaît aux yeux de sa mère, comme le seul défaut porteur d’ombre sur sa lignée parfaite. En effet, ce dernier, médecin des pauvres resté à Plassans, sa ville natale, n’a jamais eu la préoccupation de l’argent. Le pouvoir, il souhaite l’exercer par son intelligence et ses recherches scientifiques portant sur l’hérédité. Pour ce faire, Pascal prend pour exemple l’arbre généalogique de sa propre famille, n’éludant aucun détail : « les tares physiologiques de la famille, tout cet envers de sa gloire qu’elle aurait voulu à jamais enfouir. » De là surgit le conflit avec sa mère qui se renforce d’heure en heure, à tel point que la vieille femme atteindra partiellement son but en brûlant l’ensemble des travaux de Pascal. Ce roman est aussi l’histoire d’un amour tardif : Pascal, âgé de cinquante-neuf ans, s’est, toute sa vie, uniquement préoccupé de ses travaux, délaissant tout espoir de mariage et de descendance. Il vit dans sa propriété, entouré de Martine, la bonne dévouée, et de Clotilde, la fille de son frère Aristide, qu’il a élevée depuis son plus jeune âge. Peu à peu, il se rend compte de son amour pour celle-ci mais n’ose rêver à ce bonheur alors que, âgée de vingt-cinq ans, elle a encore toute la vie devant elle. Un jour, pourtant, tout bascule et Clotilde et Pascal s’avouent leurs sentiments. Alors qu’ils se disputaient régulièrement au sujet de leur foi — énième querelle entre religion et science —, tous deux découvrent que leur réelle foi est celle de la vie, portée par le partage de leur amour.
Pourtant, les choses tournent mal lorsque Pascal voit sa fortune décroître par un fatal coup du sort, tant et si bien qu’il se résout à se séparer de Clotilde qu’il refuse à voir vivre dans la misère. Dès lors, la santé de Pascal s’affaiblit rapidement et, atteint d’une sclérose, il s’éteint chez lui une heure seulement avant l’arrivée de Clotilde qu’il avait rappelée à son chevet. Clotilde, effondrée, ne peut rien faire pour éviter la combustion du travail de son défunt amant par sa grand-mère mais parvient à conserver l’arbre généalogique de la famille. Le roman s’achève sur la pause des premières pierres de l’édifice ultime des Rougon : l’asile imaginé par Félicité pour poser à jamais son nom dans les annales de Plassans, dont le mécénat lui vaut la reconnaissance des autorités républicaines de la ville. Ce dernier volume est parsemé de morts —la Tante Dide, doyenne de la dynastie zolienne ; son fils bâtard, Antoine Macquart ; le petit Charles, fils illégitime de Maxime, le frère de Clotilde ; Maxime lui-même et, enfin, le docteur Pascal — mais inscrit également dans la légende, un nouvel être à la destinée encore inconnue : le fils de Pascal et de Clotilde. L’enfant souffrira-t-il de l’hérédité à laquelle Pascal croyait tant ou, au contraire, sera-t-il un exemple d’innéité ? Pascal enfin, est un avatar de l’écrivain qui nous livre, à travers l’arbre généalogique, sa vision d’une famille sous le Second Empire : un cycle monumental où « il y a tout, de l’excellent et du pire, du vulgaire et du sublime, les fleurs, la boue, les sanglots, les rires, le torrent même de la vie charriant sans fin l’humanité ! ».


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