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- Le Pré-Pigeon

par Françoise Sorel

Le Pré-Pigeon, voilà un toponyme bien romanesque. Pour qui ne connaît pas Angers, il évoquera peut-être un lieu champêtre, les colombiers d’antan. Le nom ne laisse absolument pas présager qu’il s’agit là d’une prison.
Le 9 octobre 1941, Rémi Guêné et Edmond Menu y sont incarcérés en compagnie d’une petite dizaine d’autres hommes. L’un est prêtre, l’autre chirurgien-dentiste. Ils arrivent du Mans où ils ont été arrêtés le matin même par la Geheime Feldpolizei (Police secrète aux Armées) dans le cadre de l’opération « Porto ».
Il existe peu de documents sur cette opération puisque les archives sont dispersées, inexistantes, lacunaires ou détruites. Elle frappe tout l’Ouest de la France et vise à démanteler les réseaux de Résistance en train de se constituer, dont le réseau Hector auquel appartient Edmond Menu. Rémi Guêné n’est affilié à aucun réseau, mais aurait caché des armes lors de la débâcle dans le jardin de son presbytère, rue du Pavé, au Mans, et organisé une filière de passage en Zone Libre, attestée par un témoignage au moins.
La détention de ces hommes à la prison du Pré-Pigeon dure quelques semaines jusqu’au transfert à la prison de Fresnes. Edmond Menu est déporté le 10/12/1941 vers les prisons du Reich avec le premier convoi de déportés Nuit et Brouillard. Rémi Guêné dans le second convoi qui quitte Paris neuf jours plus tard. Leur statut de déportés NN ne fut connu qu’après la guerre. Les dossiers des deux hommes, consultés à la subdivision des Archives nationales de Caen, croisés avec d’autres sources très éparses permettent de reconstituer partiellement ce qui s’est passé après le départ de Paris. Rémi Guêné et Edmond Menu ont transité dans d’innombrables prisons de l’espace rhénan, cet itinéraire funeste est jalonné de lacunes, il se perd fréquemment dans des interrogations sans réponse, ce qui en fait un parcours emblématique de la déportation NN. Rémi Guêné et Edmond Menu meurent à l’automne 1944 au camp de concentration de Gross-Rosen, en Silésie. Mais depuis trois ans déjà, il n’y a plus aucune trace vivante d’eux, tout au plus des lieux et des dates qui ne disent rien. Le dernier souvenir vivant de Rémi est rapporté par un camarade de détention du Pré-Pigeon. Il connaissait sa mère et lui rend visite dès sa libération fin octobre 1941 et lui apprend que Rémi ramassait, entre les interrogatoires, des marrons dans la cour de la prison pour en faire des petites figurines sculptées, fragiles silhouettes d’hommes.

Sources écrites :

- SIR Bad Arolsen.
- Service Historique de la Défense, Bureau des Archives des victimes de conflits contemporains. Caen. Dossiers Guêné et Menu.
- Archives du camp de concentration de Gross-Rosen. Wałbrzych. Pologne.
- La Libre Dépêche du Maine du 27/01/1946 et du 03/02/1946.
- Revue Historique et Archéologique du Maine, 2004, n° 4.



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