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- Écrire en français dans des situations scolaires : pistes de réflexion

par Léa Courtaud

L’écriture est le moyen privilégié par les institutions scolaires pour amener les élèves et les étudiants à former, exprimer, et communiquer leurs connaissances ; c’est aussi le moyen évaluatif le plus fréquemment employé. Les fonctions de l’écrit sont multiples : expressive, mathésique, heuristique, évaluative. L’acte d’écriture fait appel à des compétences scripturales et psycholinguistiques ; symboliquement, il inscrit l’acteur dans un paysage de savoirs, le sien et celui des autres, dans un mode particulier de rapport au savoir. L’acte d’écriture permet de construire et d’ancrer une part d’identité en élaborant et inscrivant une pensée dans une situation donnée. Les prescriptions de l’écrit et de ses usages reflètent le rapport au savoir dominant dans le monde académique. Considérant qu’il s’agit d’un canal idéologiquement non-neutre, il est possible d’analyser les modèles idéologiques véhiculés au sein des institutions à partir de l’interprétation d’observables : manuels méthodologiques ; écrits d’élèves et d’étudiants ; situations présentant des discours sur le rapport à l’écrit. Il s’agit ainsi d’envisager l’interrelation des concepts d’idéologie, d’imaginaire social, de représentation et leur rapport à l’écriture et aux écrits. Si ces concepts sont différemment porteurs de sens et que leurs usages sont eux-mêmes idéologisés et situés, ils permettent cependant tour à tour d’envisager des traits, des manifestations – à travers les usages, les discours, les discours sur les usages – des imaginaires sociaux et des idéologies portant sur la connaissance, les rapports altéritaires et, de façon concrète, sur les modalités d’insertion d’élèves et d’étudiants allophones dans des institutions scolaires. Il existe diverses approches et théorisations scientifiques, certaines en conflit épistémologique (approches prescriptives versus approches réflexives, par exemple), la majorité s’inscrivant dans une optique transdisciplinaire de recherche en sciences humaines et sociales. La transdisciplinarité des études développées sur l’écrit, notamment dès les années 1980 dans des travaux anglophones, est concomitante à l’émergence des « cultural studies » qui se proposent de réfléchir à la légitimité de certains objets culturels comme lieux de création et d’exercice du pouvoir. Les intérêts portés à l’écriture et ses usages ou ses apprentissages par la psycholinguistique, la sociolinguistique, l’anthropologie sociale, les didactiques de l’écriture, les sciences de l’éducation, ainsi que les théories développées sur les pratiques sociales ou les processus d’écriture relatifs au sujet écrivant révèlent différentes idéologies, tout en soulignant l’importance de la place de l’écrit dans les sociétés occidentales. Si l’écriture est un patrimoine historique, social et culturel, elle est pratiquée dans une multitude de situations qu’il est nécessaire de prendre en compte pour envisager le problème dans toute sa complexité. Il ne faut pas minimiser l’importance des interactions présentes entre les enjeux macro-contextuels, politiques, et des situations micro- contextuelles d’écrits et d’écriture, comme celles d’un environnement de travail ou d’un environnement scolaire. Les recherches sur l’histoire de l’écriture, de sa diffusion à ses pratiques, comme de son enseignement en France, attestent de l’importance et de la prééminence de la place de l’écrit dans la société française. Quelques références :
- GOODY J., (1979), La Raison graphique. La domestication de la pensée sauvage. Paris : Éditions de Minuit. 272 p.
- REUTER Y., (2004), « Didactique du français et théories de l’écriture », LINX, n°51, Théories de l’écriture et pratiques scolaires, décembre 2004, pp 41-54.
- CHARLOT B., (1997), Du rapport au savoir. Paris : Anthropos. 112 p.
- À la suite de BARRÉ-DE MINIAC C., BRISSAUD M., RISPAIL M., (dir.), (2005), La littéracie, conceptions théoriques et pratiques d’enseignement de la lecture-écriture. Paris, Budapest, Torino : L’Harmattan. 357 p.,
- CHISS J.-L., MERLIN-KAJMAN H., PUECH C., (2011) (dir.), Deux siècles d’enseignements de l’écriture : enjeux, activités, travail du texte. Coll. Actes académiques. Paris : Riveneuve. 267 p.
- BLANCHET P., (2014), « Normes et variations : comment écrire en tant que chercheur cohérent avec ses convictions scientifiques et éthiques ? », in CASTELLOTTI V., & RAZAFIMANDIMBIMANANA E., (dir), (2014), Chercheur(e)s et écriture(s) de la recherche, coll Proximités – Sciences du langage. E.M.E. & InterCommunications.
- BARRÉ-DE MINIAC, (2000), Le rapport à l’écriture : aspects théoriques et didactiques. Coll. Didactique. Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion. 140 p.
- MACE, E., (2000), note de lecture à propos de COULDRY, N., (2000), Inside culture. Re-imagining the method of Cultural studies, Réseaux, vol. 18, n° 104, pp. 329-334.
- « L’écriture fait tellement corps avec notre civilisation qu’elle pourrait enfin lui servir elle-même de définition » : cette citation, en première page d’un ouvrage de la célèbre collection « Que sais-je » consacré à l’écriture, ne manque pas de mettre au jour une évidence selon laquelle ce que l’auteur nomme « civilisation » est indissociable de ce qui l’a partiellement formée : l’écriture. In HIGOUNET C., (1955), L’écriture, coll. « Que sais-je ». Paris : PUF. 125 p.
- Ainsi que l’écrit MUSSET M., (2011), citant LAHIRE B., (2008), « L’écriture est un bien culturel dont l’appropriation est longue et complexe et qui dépasse le cadre de l’instruction scolaire, (...) ».


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