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Bouteille, bouchon, verre...


BOUTEILLE, n. f. (XIIe s., lat. pop. butticula, lat. class. buttis : « tonneau », puis « récipient de verre »). Ce sens, à l’époque gallo-romane, a dû se développer du Nord vers le Sud qui préférait les cruches, les outres ou d’autres genres de récipients. La bouteille, en forme de carafe et en verre soufflé, est fragile. Aussi est-elle destinée au service de la table jusqu’à ce que commencent à être fabriquées, en Angleterre, au XVIIe s., des bouteilles plus résistantes, au fond et au goulot renforcés, propres, par conséquent, à recevoir des bouchons de liège enfoncés au maillet. Les contenances et les formes vont s’unifier. La parisienne contient une pinte (93 cl), la demoiselle deux tiers de pinte et la fillette un tiers de pinte, mais le modèle standard est actuellement de 75 cl., à côté de contenants plus vastes, comme par exemple le magnum (1,5 l.) ou l’impressionnant Salomon (24 l.). Les formes rebondies s’affinent et se régionalisent tout en restant encore originales pour les alcools, les liqueurs ou les vins particuliers.
En ce qui concerne plus précisément le cognac, il est mis, lorsque le séjour en fût ne peut plus l’améliorer, dans de grosses bouteilles, des bonbonnes ou des dames-jeannes, ou encore directement dans les bouteilles de commercialisation. C’est vers le milieu du XIXe siècle que les petits producteurs, qui vendaient auparavant leur eau de vie en fût, ou directement aux distillateurs et aux grandes maisons, ont commencé à mettre leur cognac en bouteille. Parmi les quelque 90 formes de bouteilles utilisées, on distingue la cognaçaise, considérée comme le modèle original, mais précédée de modèles plus courts, haute et mince, un peu comme le bouteille de Bordeaux mais en verre plus clair, transparent , et la normande qui l’a remplacée maintenant et se présente sous différentes versions. Mais il y aussi les flacons, flasques ou carafes, de formes très variées, en verre, en porcelaine ou même cristal, propres à l’une ou l’autre des grandes maisons, qui font des bouteilles de cognac de prestigieux objets de cadeau. Dér. : Bouteillage, n. m. (1302), droit perçu sur la vente au détail des vins. bouteillerie, n. f. (XIXe s.) « usine où l’on fabrique des bouteilles, commerce des bouteilles », mais aussi, régionalement, cave où le bouteillier, n. m. (1138), transvase le vin des tonneaux dans les récipients de service ; mais c’est également l’officier des cours papales ou princières, responsable de l’intendance des liquides ; le grand bouteiller de France remplit les mêmes fonctions à la cour royale. Citations : « Le capitaine avala une longue rasade de cognac français à même une petite flasque d’argent » (Frédéric H. Fajardie, 1980, Le Loup par les oreilles) ; « Et, même, tenez, j’ai ordre de vous octroyer une bonne bouteille de vin vieux et un flacon de cognac » (Maurice Leblanc, 1912, Le bouchon de cristal) ; « A celui qui commande une demi-bouteille, il manquera toujours l’autre demie » ; « Il y a au commencement de chaque grand repas deux sortes de regards furtifs : celui qu’on lance vers le décolleté de la belle madame, celui qu’on lance vers l’étiquette de la bonne bouteille » (R. Gomez de la Cerna). Dicton : « Année de groseille/Année de bouteille ».

BOUCHON, n. m. (XIVe s., dérivé de l’a. fr. bouche au sens de « botte, gerbe », lat. de Gaule *boska, dér. de germ. *bosk : « buisson, bois »). C’est d’abord une poignée de paille qui sert à boucher un orifice. Pour fermer les récipients en verre, trop fragiles jusqu’au XVIIe s., on a d’abord utilisé du bois, du cuir, de l’étoupe de chanvre suiffée, des bouchons de verre. Avec l’apparition des bouteilles de verre à l’anglaise, au goulot renforcé, des bouchons de liège ont pu être enfoncés au maillet et garantir ainsi l’intégrité du contenu. Par métonymie, le bouchon désigna au XVIIIe s. le cabaret lui-même. Le terme n’est plus usité qu’à Lyon où il dénomme de petits cafés-restaurants où l’on mange des « mâchons » arrosés de beaujolais. Dér. : Bouchonné, adj. (1425) qualifie le goût de bouchon qui affecte certaines bouteilles et dont serait responsable le trichloroanisol.

VERRE, n. m. (1155, lat vitrum : « verre »). Le mot désigne la matière puis un contenant de verre servant à boire. A la fin de la République romaine, les verriers d’Alexandrie essaient d’imiter les gemmes translucides et fabriquent des verres-mosaïques parmi lesquels figurent les vases murrhins très recherchés, fabriqués ensuite en Campanie. On utilisait des fils de verre de couleurs et de calibres différents que l’on groupait et collait entre eux. On coupait en tranches la baguette obtenue et on collait entre elles ces plaquettes au moyen de diverses techniques. Au Moyen Age, le modèle représentatif du verre est une large coupe, le hanap, puis apparaissent, au XVe s., les premiers gobelets de verre à fond plat et, au XVIe s., les verres à pied, de cristal taillé, originaires de Bohême et de Venise : Montaigne évoque « les graveures et l’ouvrage » « d’une belle coupe » (Essais, III, 9). Ils se sont ensuite spécialisés selon la nature des vins : verre-ballon pour le bourgogne, verre-tulipe pour le bordeaux, flûte pour le champagne et verre tulipe de taille moyenne à ouverture évasée pour le cognac. C’est celui qui permettra au bouquet de l’eau de vie de se déployer pleinement car un volume d’air suffisant, mais non trop important, est nécessaire à cet effet. Ainsi il sera facile de faire légèrement tourner son verre pour accroître le contact du cognac avec l’air. Ce verre doit être transparent, hormis pour les dégustations à l’aveugle où il est bleu. Mais pour boire une fine à l’eau, comme autrefois, un verre sans pied, ventru, qui laisse monter tous les parfums, convient parfaitement. On parle de canon depuis le XIXe s. pour désigner un verre de vin. Un vin peut être vendu avec ou sans faux col selon qu’il est à ras bord ou non. Dictons : « Pluie d’orage à la saint-Sylvère/ C’est beaucoup de vin dans le verre » ; « Quand mon verre est vide,/ je le plains/ Quand il est plein/ Je le vide ».



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