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- Les emprunts français dans la langue vietnamienne

par Huyen-Ang Nguyen

L’emprunt est le fait d’intégrer dans une langue des unités linguistiques (souvent le vocabulaire, plus rarement la syntaxe ou la prononciation) dans une autre langue. Le mot emprunté désigne souvent une nouvelle réalité sans mot encore dans la langue d’accueil pour désigner.
La présence française au Vietnam de 1858 jusqu’au milieu du XXe siècle a laissé de nombreux mots dans la langue vietnamienne. Ce sont surtout des mots du domaine de la technique ou du transport : guidon (ghi-đông), garde boue (gác-đờ-bu), frein (phanh), clé (cờ-lê), tournevis (tuốc-nơ-vít), vis (vít), boulon (bu-lông), gare (ga), etc. ; mais aussi des mots désignant les personnes, les fonctionnaires : dame (đầm), gendarme (sen đầm), commissaire cẩm), etc. ou les objets de la vie quotidienne et la nourriture : savon (xà phòng ou xà bông), seau (xô), pain de mie (bánh mì), pâté (pa-tê ou ba-tê), chou rave (su hào), chou-fleur (súp lơ), carotte (cà rốt), etc. Certains mots comme « dame », « gendarme », « commissaire » n’existent plus dans le vocabulaire courant de nos jours et ne sont compris que par une minorité des personnes âgées qui ont vécu à l’époque de la colonisation. Mais d’autres mots restent toujours dans la langue actuelle.
Compte tenu de grandes différences entre le français, qui est une langue polysyllabique et sans ton, et le vietnamien qui est une langue monosyllabique et à ton, les mots empruntés au français ont dû subir certains modifications (phonétique et graphique) pour pouvoir être intégrés dans la langue vietnamienne.
- Les mots polysyllabiques sont souvent retranscrits en plusieurs syllabes séparées ou liées par un trait d’union.
- Certains mots polysyllabiques perdent une ou plusieurs syllabes pour devenir des mots monosyllabiques : commissaire -> cẩm (on garde la première syllabe), contrôleur -> lơ (on garde la dernière syllabe)
- Les syllabes se voient attribuer un ton qui peut varier d’une région à l’autre : carte de visite -> các-vi-dít (au Nord du pays) et cạc-vi-dít (au Sud du pays).
- Les groupes consonantiques fréquents en français comme /kr/, /fr/, /kl/, /bl/, etc. perdent une consonne ou sont séparés : bleu -> lơ (/bl/ -> /l/), brancard -> băng ca (/br/ -> /b/), frein -> phanh (/fr/ -> /f/), crème -> kem (/kr/ -> /k/) ou cà-rem (/kr/ -> /k/ et /r/), clé -> cờ-lê (/kl/ -> /k/ et /l/), etc.
- Les voyelles nasales sont dénasalisées.
- Les consonnes finales sont perdues : beurre /boer/ à bơ /bɤ/, chemise /ʃəmiz/ à sơ mi /sɤmi/…

Bibliographie :

- DANG, Thai-Minh et NGUYEN, My-Phuong, Dictionnaire vietnamien – français. Les mots vietnamiens d’origine française, 2011. Disponible en ligne à : http://gerflint.fr/Base/Mekong_Dic/mekong_dic.html (consulté le 27/10/2015).



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